" sans titre " -  oct 2016
" sans titre " - oct 2016

acrylique sur toile - 169 x 129 cm

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" Chutes 2 - 0821 "
" Chutes 2 - 0821 "

acrylique sur toile - 100 x 100 cm

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" Marine 2 - 0821"
" Marine 2 - 0821"

acrylique sur toile - 81 x 100 cm

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" sans titre " -  oct 2016
" sans titre " - oct 2016

acrylique sur toile - 169 x 129 cm

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" Vide 0821 "
" Chutes 2 0821 "
" Hommage à Twombly 0821 " 100 x 100 cm
" Composition presque géométrique 0821 "
" Variations 2 0821 "
" Variations 1 0821 "
" Cedre du liban 0821 "
" Brumes 0821 "
" Bleu  0821 "
" Marine 1 0521 "
" Marine 2 0521 "
" sans titre 190521 "
" sans titre " 2018
" Cercle 0521 "
" sans titre 10521 "
" Dialogue 0521 "
" sans titre 20521
" sans titre 40521 "
" sans titre 50521 "
" Fluidité 0521 "
" Légèrté vive 0521 "
" Sans titre 060521 "
"sans titre 70521 "
" sans titre 80521 "
" sans titre 90521 "
" sans titre 100521
" sans titre 110521 "
" sans titre 120521 "
" sans titre 130521 "
" sans titre 160521 "
" 3 bandes 0521 "
" sans titre 200521 "
" forêt rouge " 2017
" pâles lueurs " 2017
" nuages de novembre "

Jérome Legrand

Galerie Samagra Paris
Galerie Roy Sfeir
Collection Rudolf Greiner Tübingen, Germany
Concorde art gallery                     
Mr Masayuki Matsutani, Japan
Kasler Collection, Atlanta USA
O’ Neal collection, L.A USA

« Je n'ai jamais rencontré Jérôme Legrand, juste ses peintures. Son galeriste m'a expliqué qu'il préfère rester dans l'ombre. Bon. Je respecte. Après tout, je n'ai pas rencontré Voltaire, Alexandre Dumas, Marguerite Yourcenar ni Henry Miller, ni Leonardo, ni Goya, ni Léger, ni Muek... pourtant j'aurais aimé. Mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier leur œuvre. Alors, je me fais une raison.
 
Avec Jérôme Legrand, ça n'a pas été un coup de foudre ni une évidence... Il y a un côté "Nymphéas" avec le travail de Legrand, ça demande une proximité dans la durée, d'y revenir, de se laisser imprégner. Du temps. Je ne parle pas des Nymphéas par hasard, parce que Legrand a la même fascination de l'eau que Monet, même s'il l'appréhende différemment. Chez Monet, l'eau était le réceptacle et le diffuseur de la lumière, l'eau était le miroir nécessaire de son sujet, la lumière : trois cent mille kilomètres/seconde. Chez Legrand, c'est l'eau le principe actif. C'est plus lent. Legrand est le peintre de l'eau... peut-être le premier peintre de l'eau dans laquelle se dissolvent sensations et émotions, une peinture qui coule comme de la musique, comme du temps. Il y a une subtilité musicale chez lui. Musicale et temporelle, pléonasme que j'utilise pour dire que la peinture de Jérôme Legrand exige une cohabitation, une écoute.
 
Je ne sais pas ce qu'il veut nous dire, ses tableaux sont comme des haïkus, des poèmes magnifiques dans une langue étrangère, des sonates, des moments de vie fugitifs fossilisés ; il y a là quelque chose qui est au-delà du discours. L'eau c'est la vie, la condition de la vie et ce qui la recouvre lorsqu'elle s'est épuisée, avant qu'elle ne rejaillisse. L'eau passe sur les toiles de Legrand et laisse des sédiments d'émotions, de choses profondément enfouies dans les plis du temps, de poussières d'étoiles échappées du cosmos, de rêves dont on ne souviendra jamais. Est-il musicien, scientifique, medium ? Je ne suis pas sûr qu'il soit de notre époque. Jérôme Legrand est assis au bord d'un grand fleuve, plus large que l'Orénoque, lent et énigmatique. »

Olivier Delahaye

Il faut rendre manifeste ce qui est caché, et occulte ce qui est manifeste.  En cela seul consiste l’œuvre des sages.

Bernardus Trevisanus

Apocalypse ou épiphanie ? En rapprochant ces deux mots, il n’est pas question d’une catastrophe aussi inéluctable qu’imminente ni d’une joyeuse fête avec galette et fèves. Il s’agit, ici, de prendre ces termes dans leur sens premier, étymologique, respectivement révélation et manifestation… Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans la peinture de Jérôme Legrand… Du moins du point de vue du spectateur…

Pour notre peintre, il en va autrement. Il superpose, sur ses toiles, des couches liquides, plus ou moins translucides, qui masquent partiellement les précédentes, ne laissant subsister que quelques plages préservées de l’occultation, comme autant d’étocs dans un océan de matière picturale. Hasard objectif au sens où Breton l’entendait (« la forme de manifestation de la nécessité extérieure qui se fraie un chemin dans l’inconscient humain ») ou non ? La question reste ouverte… Ce qui est certain, c’est que, nappe fluide après nappe fluide, couche après couche, se crée une profondeur qui n’a rien de celle de la perspective illusionniste traditionnelle. Le peintre devient ainsi, si l’on en croit l’alchimiste du XVe siècle, un sage, puisqu’il manifeste (épiphanie) ce qui est caché et nous cache une partie de ce qui est manifeste. On peut considérer aussi que son geste, son action, miroir de sa personnalité, serait, à son tour, une autre forme d’épiphanie. Du moins si l’on suit Jacques Maritain quand il écrit « L’action est une épiphanie de l’être ».

Si le peintre procède en construisant la toile du fond vers la surface, l’œil du regardeur, lui, va de la surface vers le fond. Son expérience est donc autre. C’est celle d’une révélation (apocalypse) progressive – et nécessairement partielle – de ce que l’artiste a déposé dans les couches successives de son œuvre. À rebours du peintre, le spectateur se trouve placé dans une position de voyeur, tentant de distinguer ou de deviner ce que le plasticien veut lui cacher. À son insu, il est amené à déplacer son point d’observation et à tenter d’analyser la peinture depuis son arrière vers son avant, travail d’archéologue le poussant à essayer de retrouver l’être agissant – le peintre – à partir de ses traces… Et peut-être que, finalement, il n’y a rien d’autre à découvrir que de l’invisible. Ces toiles pourraient donc donner raison à Anaxagore qui déclarait : « Tout ce qui se manifeste est vision de l’invisible. » Plus encore, elles soutiendraient la pensée de ce philosophe présocratique selon laquelle l’intellect est la seule cause de l’univers… De l’univers pictural, à tout le moins, dans le cas présent… Jérôme Legrand ne s’en cache pas, d’ailleurs : « Le sujet n’existe pas, c’est ma propre respiration, et mon humeur qui me dictent le souffle, le rythme, le ton. »

Plus que d’une asymétrie du regard, je pense qu’il faut plutôt parler de semi-perméabilité de la matière picturale. L’image du moucharabieh dans l’architecture traditionnelle des pays arabes s’impose avec force. Apporter un air rafraîchissant, permettre de voir sans être vu… Les toiles de Jérôme Legrand ont ces caractéristiques, surtout celles dont la couche la plus superficielle est blanche, évoquant un éternel printemps jaillissant de l’emprise glacée de l’hiver. L’ancrage architectural est parfois souligné par une bande monochrome verticale au bord gauche de la toile. On peut aussi y voir la marque d’une reliure incitant à tourner la couverture pour pénétrer dans un livre dont le contenu reste définitivement inaccessible.

La dimension musicale est aussi très présente dans la mise en page des peintures. On y lit des tensions, des détentes, des strettes, des développements, des variations, des modulations, des changements de mode chromatique, du mineur au majeur et viceversa. Visuellement, certaines toiles se présentent d’ailleurs comme des pages de partitions musicales. J’y retrouve certaines feuilles du manuscrit de la troisième sonate pour piano de Pierre Boulez et, plus encore, des Archipels d’André Boucourechliev. La notion d’archipel est d’ailleurs très intimement liée à la peinture de Jérôme Legrand, avec son humidité ambiante et ses émergences de reliefs enfouis comme autant d’îlots, de récifs, d’accidents qui accrochent et retiennent le regard… Pour le faire sombrer… Le chant des Sirènes…

Opacité et transparence… Cacher pour mieux révéler… Révéler pour manifester une vérité occultée… C’est bien tout l’enjeu de sa peinture.

Louis Doucet, janvier 2017